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CHIARA MULAS

Artiste du rituel et de l’ethno poésie, la recherche artistique de Chiara Mulas la conduit à explorer les rituels de mort, de survie et de passage qu’elle réactualise dans sa pratique contemporaine. Vidéaste, performeuse, plasticienne, elle réécrit un rapport à l’art contemporain aussi bien dans l’art attitude, le happening ou l’installation vidéo. Ses
performances qui ne laissent pas indifférent, inventent un nouveau rapport au corps et à sa représentation.
Pour DreamTime III HabiteR, Chiara Mulas a conçu une performance vidéo en hommage à la grotte et à ses visiteurs qui sera mise en scène dans des espaces du parcours :
Extrait :
« Nue, peinte en ocre rouge comme dans les rituels sacrés primitifs, je vais ainsi réaliser un
parcours à l’intérieur du mystère du Mas d’Azil. Dans les galeries et les boyaux les plus étroits, je
vais procéder à une union primitive et archaïque. Je vais marcher debout, à plat ventre ou
courbée. Je vais courir, ramper, onduler, glisser, m’aplatir, me traîner. Je serai le vers et le
serpent. Je vais être au-dessus et au- dessous, à côté, à l’intérieur, à l’extérieur de moi et nulle
part. Je serai la réincarnation malgré moi de cette entité, habitante la grotte depuis des milliers
d’années. Je vais lui prêter mon corps. Je vais disparaître en tant que sujet dans son anonymat.
L’art est toujours la manifestation du vivant dans l’étonnement du monde, aussi je veux habiter
cette grotte du Mas d’Azil, comme une entité primitive ou première. Nous sommes toujours une
naissance à l’envers quand nous pénétrons à l’intérieur de la terre. Lorsque nous faisons ce
chemin c’est toujours une première fois. Un parcours dans les intestins ou les boyaux de la terre,
n’est jamais une répétition mais toujours une fondation, un événement qui engendre le vivant.
Comme artiste sarde, je porte en moi l’héritage d’une culture ancestrale qui est celle de mon
île natale traversée par les couloirs secrets qui se rejoignent sous la mer. Je suis une fille
préhistorique parce que je me sens hors de l’Histoire dans les pulsions premières de la nature et
du monde vivant. Parce que la seule écriture que je connaisse est celle de mon corps et celle
du corps de la nature. Mon pays, la Sardaigne, est une terre où le savoir se transmet de bouche
à bouche et de corps à corps. Les forces et les courants qui me traversent s’incarnent dans les
montagnes et les cours d’eau souterrains de mon corps et de ma langue.
Artiste des cérémonies de l’univers, j’explore les rituels ancestraux à partir de mon territoire natal
pour les retrouver ailleurs dans le monde. Je traverse et j’observe les cérémonies de passage. La
fin rituelle des vieillards dans l’antiquité sarde, l’euthanasie sacrée, l’art de la mort dans les
sociétés premières, les rites des saisons, les danses qui ouvrent le temps, les chants des poésies
improvisatrices sont les espaces où depuis des années je déplace mon inspiration d’artiste.
En tant que femme j’incarne une représentation symbolique d’une grotte qui est une entrée
dans l’inconnu de la vie. La Terre Mère est une entité féminine, une sœur, une mère, une fille,
une image de terre et de rochers issue de mon ventre, ma propre entrée projetée hors de moi.
Quand je pénètre à l’intérieur de la terre, je pénètre à l’intérieur de moi-même. C’est moi-même
que j’explore. Mon double. Ma propre projection. Presque mon image reflétée par un miroir
inconnu en relief. Je suis la mère de moi-même dans la Grande Mère mythique de l’univers.
L’art de la grotte est un art spéléologique de glissements, de gouffres, de laminoirs et de
reptations minérales. Tout ce qui est à l’extérieur réside dans le secret de ce qui est à l’intérieur.
En progressant dans le cerveau, ou le ventre du Mas d’Azil, je rampe à l’intérieur de mon
cerveau et de mon ventre. Les intestins de la terre, ses méandres, ses galeries, ses labyrinthes
sont la représentation du secret, au-delà de ce qui fonde la mort et de la vie. Le Mas d’Azil est
un ventre-cerveau.
Je serai le retour de mon ancêtre.
Je serai l’âme de la grotte et celle du chaman.
Je donnerai mon corps rouge en danse comme un sacrifice au grand corps de la terre de la
bouche d’ombre du Mas d’Azil. »

Titre : "ALMA MATER"
Année : 2011
Production DreamTime 3, HabiteR les Abattoirs/Frac Midi-Pyrénées, Caza d’Oro Résidence d’artistes

© Francis Fourcou