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MYRIAM MECHITA

Née en 1974 à Strasbourg. Vit et travaille à Paris.

« - tu crois que si on tombait à travers l’espace on finirait par ralentir ou à la longue on irait de plus en plus vite ?
de plus en plus vite, pendant longtemps, d’abord on doit rien sentir, ensuite on imploserait dans un flash et on brûlerait à jamais, et les anges ne pourraient rien pour nous, parce que ça fait longtemps qu’ils sont partis. »

David Lynch, Fire walk with me

L’installation de Myriam Mechita est une drôle d’architecture dont la stabilité, comme en suspension, semble régit par une puissante force. Des corps de chevreuils mutilés sont pris dans un trou noir argenté comme s’ils étaient soumis à une sorte de kryptonite verte dominant
l’ensemble. Ce cristal, qui a le pouvoir de rendre Superman plus vulnérable qu’un humain, voire même de le tuer (ainsi que tous les êtres vivant originaire de la planète Krypton) génère ici les
même ravages. Pourtant, le nœud de chaînes devient une demeure paradoxalement moelleuse. Achevée ou non, l’aspiration des forces fixe les choix et, les corps dépecés mais apaisés, révèlent une beauté fictionnelle.
Le travail de Myriam Mechita explore la temporalité et l’illusoire : " Mes productions refusent la solidarité, l’harmonie, la fusion. […] je décèle toujours un questionnement sur le temps et son insaisissable fuite". Le charnier qualifierait-il mieux alors cette installation ? En mêlant le scintillement des feuilles d’aluminium polimiroir à la violence des corps
abîmés, l’artiste réalise une œuvre troublante. L’éblouissement uniformise les peaux en facettes dans le centre de gravité-écrin en chaîne et fausse le méticuleux travail d’assemblage de l’artiste. Fuite du temps, temps arrêté d’un macabre carnaval, les dépouilles clinquantes de Mechita réactualise entre mystère et brutalité, attraction et répulsion, la tradition des vanités.
L’œuvre-magma a laissé échapper une coulure (aluminium, sang, pourriture ?) qui souille ou nourrit le sol afin de réveiller, peut-être, quelques divinités chtoniennes.
Rien n’est plus complexe finalement que d’expliquer l’art de Myriam Mechita. D’un côté, il y a la séduction des matériaux qu’elle utilise (des paillettes, des perles et des miroirs), emportés par la violence inquiétante de ses représentations (des corps décapités, des têtes de morts, des animaux de proies ou taxidermisés...). De l’autre, la symbolique du sujet, perpétuellement traversée par des forces contradictoires. L’art de Myriam Mechita est donc pluriel. Il propose un
voyage mental à travers une pensée en perpétuelle mutation, évoque autant le raffinement féminin que sa force brutale et se charge de plusieurs sens entre illusion et vérité pour que finalement la signification se dérobe toujours.

Pour HabitéR, l’artiste a conçu un projet monumental pour la salle du Temple, une sorte de cascade d’énergie, d’images, de fluides et de cristaux qui vient irriguer l’espace naturel et mental de la grotte .

©Myriam Mechita