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SOPHIE DUBOSC

Sophie Dubosc sème le trouble dans l’ordre apparent des choses. La simplicité formelle de ses sculptures n’enlève rien à leur puissance évocatrice. Faisant appel à l’expérience intime de l’artiste, ou à des points précis de l’histoire, elle convoque néanmoins une parole collective qui résonne en chacun d’entre nous. L’association de formes et de matériaux hétérogènes produisent des objets à la croisée des chemins, un pas dans le réel, un autre dans une projection onirique qui renvoie autant à la notion freudienne d’ « inquiétante étrangeté » qu’aux créations surréalistes de René Magritte. Les titres choisis participent également à élargir leur perception : Arrêter le cours de l’histoire, Etude Naufrage, les Vierges folles, Cher Guy (en
référence à Guy Moquet). Les matériaux utilisés (plâtre, béton, huile de vidange, crin….) ancrent les œuvres dans une réalité que leur apparence ambiguë ou décalée vient insidieusement fragiliser. L’artiste joue avec nos certitudes, sème le doute.
En 2009, lors de l’exposition monographique « Prolongation « à la Galerie Chez Valentin (Paris), Sophie Dubosc a présenté plusieurs œuvres moulées dans la cire, identiques à celles présentées
dans la grotte du Mas d’Azil . Formes flasques qui s’étirent et se contorsionnent vaguement, membres humains – mains, bras, jambes…- curieusement assemblés, ils semblent ainsi installés dans une posture des plus fragiles. Ces morceaux de corps à l’aspect diaphane et quelque
peu jauni de la cire, dessinent un monde étrange, un théâtre des apparences où le spectateur déambule parmi ces formes mutantes.
Celles-ci sont inspirées directement d’un tableau de Magritte, Entracte (1927-28), où l’artiste montre les mêmes corps morcelés en attente derrière un rideau que l’une de ces « formes » s’apprête à ouvrir, dévoilant un curieux paysage de montagne alvéolée. Dans la galerie Chez Valentin, Sophie Dubosc transpose dans le domaine de la sculpture ce que Magritte compose en peinture. Le théâtre des illusions que Magritte représente par un rideau, est alors matérialisé
par un mur faisant obstacle (Couloir, 2009), derrière lequel le spectateur est amené à se glisser et à faire corps avec la scène.
Toutes les propositions de Sophie Dubosc questionnent le spectateur ; tout y est question de point de vue, avec une conscience aiguë que tout choix est duel, toute position choisie est fragile, en équilibre précaire, dans un entre-deux troublant.